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Amnesty International publie son rapport et se positionne contre le projet de loi de l'interdiction du port de voile intégral

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ra2010couv_250_250.jpgLe Rapport 2010 d'Amnesty International vient d'être publié

Il rend compte de la situation des droits humains en 2009 dans 159 pays et territoires.


Le rapport d'Amnesty en un coup d'oeil (PDF)


Faits et chiffres (PDF)


Synthèse du Rapport annuel 2010 (PDF)

Avancées en matière de droits humains constatées en 2009/2010 (PDF)

 

je profite de ce billet pour rappeler qu'Amnesty International demande aux parlementaires français de rejeter le projet de loi interdisant le port du voile intégral en public, adopté par le Conseil de Ministres . 

Le  conseil des ministres a donc adopté  dans sa séance du 19 mai 2010 un texte très large, bien moins consensuel que la résolution parlementaire votée à la quasi-unanimité le 11 mai à l'Assemblée. Le projet de loi stipule que «nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage». Les contrevenantes s'exposeront à une amende de 150 euros et/ou un stage de citoyenneté. Maris ou concubins obligeant leurs compagnes à se voiler risquent un an de prison et 15.000 euros d'amende. L'interdiction et les sanctions n'entreront en vigueur qu'au printemps 2011, après six mois de «pédagogie».

Ce texte devrait être examiné début juillet par les députés et début septembre par les sénateurs. L’objectif du gouvernement est de le voir définitivement adopté à l’automne.

La position d' Amnesty International

« Une interdiction complète de la dissimulation du visage violerait les droits à la liberté d'expression et de religion de ces femmes qui portent la burqa ou le niqab en public en tant qu' expression de leur identité ou de leurs convictions », déclare John Dalhuisen, expert d'Amnesty International sur les discriminations en Europe.

Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française, a déjà exprimé de sérieuses réserves quant à la compatibilité d'une telle interdiction générale avec la jurisprudence actuelle du Conseil Constitutionnel et avec les obligations du pays en matière de droit international des droits humains.

« Ne pas tenir compte de l'avis du Conseil d'État sur cette question serait trahir une indifférence au droit des droits humains en général et aux droits des femmes musulmanes qui choisissent de porter le voile intégral, en particulier », indique John Dalhuisen.

« De légitimes préoccupations de sécurité peuvent être satisfaites par des restrictions ciblées sur la dissimulation complète du visage dans des lieux à haut risque bien définis. Les personnes peuvent également être tenues de révéler leur visage lorsque c'est objectivement nécessaire, par exemple pour des contrôles d'identité; la loi française permet déjà de telles restrictions », ajoute John Dalhuisen.

elle_organise_un_debat_sur_le_port_de_la_burqa_mode_une.jpgLes États ont l'obligation de protéger les femmes contre des pressions exercées par des membres de leur famille ou de leur communauté visant à leur faire porter le voile intégral.

Ils devraient le faire en prenant des mesures pour lutter contre les stéréotypes sexistes et les attitudes discriminatoires et, le cas échéant, en intervenant dans des cas individuels par des moyens relevant du droit commun et du droit de la famille. Une interdiction générale reviendrait à limiter les droits de celles qui choisissent librement de porter le voile intégral, tout en punissant celles qui le font contre leur gré.

« Pour les femmes qui sont contraintes à porter le voile intégral, l'interdiction signifie qu'elles seront passibles d'une sanction si elles sortent en public, mais, plus probablement, elles seront confinées chez elles. C'est contre-productif », déclare John Dalhuisen.

« Certaines personnes trouvent le port du voile intégral discutable ou contraire aux coutumes sociales établies. Toutefois, les droits humains sont très clairs sur ce point : le malaise d'une personne ne peut pas être utilisé pour justifier une restriction à la liberté d'expression d'une autre », indique John Dalhuisen.

« Une grande partie du débat public en France sur le port du voile intégral a principalement porté sur la nécessité de défendre les valeurs de la République. Amnesty International ne pense pas que des valeurs importantes comme la liberté, l'égalité et la fraternité puissent être promues au travers d'une telle restriction discriminatoire », indique John Dalhuisen.


Source Amnesty International

Commentaires

  • Si au nom de la liberté on autorise de masquer son visage dans l'espace public (rien ne saurait être plus expressif que le visage), alors, en toute logique, on devrait aussi autoriser la nudité (n'est-ce pas une liberté d'expression ?).
    Sinon c'est deux poids, deux mesures ...
    Invoquer la liberté religieuse dans ce contexte, c'est accepter et cautionner que des femmes soient obligées de se voiler.
    La preuve a été faite maintes fois que les religions sont plutôt des entraves à la liberté des individus.

  • Pitoyable, il est pénible de constater que des gens qui se prétendent défenseurs de libertés soient si ignorants. Le voile intégral n'a rien à voir avec la religion.
    Mais, si je suis ce raisonnement, au nom de cette liberté qu'ils prétendent défendre, Je veux le droit à la lapidation, le mariage forcé, la répudiation!
    DEBILE!!!

  • Mon commentaire précédant est incohérent ! J'ai voulu être provocateur et suis allé trop vite.
    Je le rectifie : si au nom de la liberté on autorise de cacher son visage pourquoi au nom de la même liberté ne pas autoriser la nudité ? La question paraît logique mais ne l'est pas du tout. Ce sont des énoncés contradictoires.
    On interdit la nudité parce que c'est trop libre.
    On autorise le voile parce que ce n'est pas libre.
    Dans les deux cas ce qui est refusé c'est la libre expression.
    On dit que le Coran ne prescrit pas le voile intégral.
    Cependant les femmes qui le portent (ou à qui on le fait porter) sont musulmanes. Dire que ça n'a pas de rapport c'est de l'hypocrisie. Ou de la shizophrénie.
    Il y a conflit entre une Loi de la République et une Loi qui est étrangère. Où est l'universalité ?
    Je rappelle que dans sa morale provisoire, Descartes conseille d'adopter les coutumes des pays où l'on vit.
    Quant au visage, il faut lire Lévinas. Dans Ethique et infini, pp. 79 à 87 : "l'accès au visage est d'emblée éthique".

  • "chacun est libre de choisir ce qu'il veut porter ou ce qu'il ne veut pas porter. Ce droit ne saurait être limité au seul motif que certains - y compris une majorité - jugent un vêtement inapproprié ou offensant",

    Quelles ont été, ou quelles sont les actions prévues par Amnesty, pour défendre le droit de déambuler nu dans la rue, dans les commerces et services publics?

    Ma question porte non seulement sur la France, mais aussi sur l'Iran, l'Arabie Saoudite, l'Algérie etc.
    (car un droit étant un droit, il ne saurait connaître de frontière, même si, pour citer Amnesty, une majorité trouvait cela choquant; ce qui au demeurant pour la France est loin d'être sûr).

    Et questions aux partisans du droit de porter la burqa: êtes-vous prêts à accepter la nudité en tous lieux et tous pays?

Les commentaires sont fermés.

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