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Harcèlement, suicides stop à l'hypocrisie

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Suicides à France télécom  stop à l'hypocrisie !

Tout le monde s'agite médias, gouvernement, syndicats autour des suicides récents à France télécom.

Le PDG du groupe Didier Lombard a été convoqué par le ministre du Travail, Xavier Darcos. Il sera reçu mardi, et le gouvernement lui a demandé de convoquer un conseil d'administration consacré à cette série de suicides, "incroyable dans une seule entreprise", selon l'expression du ministre du Budget Eric Woerth.

voir Nice premium l'édito du psy clic ici

Dès lors que des évènements  aussi tragiques touchent  de grandes entreprises  c'est le branle-bas de combat.

Tout le monde ajoute son "petit commentaire" en tirant des conclusions hâtives sur les liens de cause à effet entre suicide et conditions de travail, pressions managériales , harcèlement ...  :

- les médias parce que cela est porteur

- le gouvernement parce qu'il souhaite redorer son blason pour regagner la confiance d'un électorat bien  perplexe

- les syndicats parce que cela peut leur faire gagner des adhérents

- les partis politiques d'opposition parce  qu'ils peuvent ainsi dénoncer  la politique sociale de la majorité

Bref chacun essaie de tirer la couverture à lui....

Je m'élève contre  cette hypocrisie générale qui consiste à instrumentaliser les suicides des salariés dans des entreprises emblématiques ( Renault, Pôle emploi, France télécom...).

Pourquoi!

  • La pression managériale , les mauvaises conditions de travail, le harcèlement moral sévissent depuis de nombreuses années dans les entreprises  et ce ne sont pas les mesures votées depuis quelques mois par nos députés de la majorité qui  dérèglementent le droit du travail et  permettent une flexibilité toujours plus importante des salariés  qui vont enrayer le phénomène.

voir notamment mon billet sur la proposition de loi pour faciliter le maintien et la création d'emplois

cette proposition a été adoptée par l'Assemblée nationale le 9 juin 2009.

clic ici pour examiner le texte du projet

  • Cette pression  qui s'est exacerbée avec la concurrence internationale  frappe tout type d'entreprises de la micro entreprise au groupe international.
  • Les salariés des entreprises dans lesquelles n'existe aucune représentation syndicale sont le moins protégés contre ce phénomène  bien plus ils n'intéressent  personne et pourtant   les affaires portées par ces salariés devant les conseils des prud'hommes pour licenciement abusifs et harcèlement sont légions ...  les dépressions sont innombrables et les suicides liés au travail , à la peur du chômage et aux conditions de vie modernes  sont certainement aussi nombreux que dans les grandes entreprises  mais hypocrisie suprême ces drames de la vie quotidienne  ne mobilisent pas l'opinion.
  • Enfin lier  suicide et conditions de travail c'est franchir  bien rapidement le Rubicon  car à mon sens cela évite de nous interroger sur le sens même de nos valeurs sociales et de la société dans laquelle nous vivons

Selon l'INRS "Les cas de suicide liés au travail ne sont pas un phénomène nouveau. Des cas de suicides sur les lieux du travail ont commencé à être rapportés par les médecins du travail vers la fin des années 1990.

Ce phénomène est apparu dans un contexte où les indicateurs de stress au travail se détérioraient : en 2000, 29 % des salariés européens interrogés déclaraient ainsi des problèmes de santé liés au stress au travail.

Pour autant, il n’y a pas de données nationales permettant de suivre l’évolution du nombre des suicides sur le lieu du travail et a fortiori liés au travail. Seule une étude menée en 2003 en Basse-Normandie apporte un éclairage à l’échelon régional : 55 médecins du travail, sur 190 ayant participé à l’enquête, ont signalé, de 1997 à 2001, 107 cas de suicides ou tentatives de suicide qu’ils estimaient liés au travail, dont 43 ayant entraîné un décès et 16 un handicap grave.

Docteur en médecine depuis 1978, Marie-France Hirigoyen s'est spécialisée en psychiatrie.

Psychanalyste, psychothérapeute familiale, elle anime depuis 1985 des séminaires de gestion du stress en entreprise. Par la suite elle se forme en victimologie aux Etats-Unis d'abord puis en France où elle soutient en 1995 un mémoire intitulé "La destruction morale, les victimes des pervers narcissique".

Elle centre alors ses recherches sur la violence psychologique et publie en 1998 un essai Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien,

Elle participe au groupe de réflexion sur la proposition de loi déposée le 14 décembre 1999 par le groupe communiste à l'Assemblée Nationale, qui aboutit à faire voter le 11 janvier 2001 un amendement qui introduit la notion de harcèlement moral dans le code du travail.

Dans son second livre Malaise dans le Travail. Harcèlement moral : démêler le vrai du faux, qui paraît en mars 2001, l'auteur affine son analyse et précise la notion pour éviter que le terme soit utilisé abusivement et à contresens.

 

voir les ouvrages de cet auteur clic ici

interview de Marie-France Hirigoyen

 

 

Voir article CNRS CLIC ICI

300 à 400 salariés se suicideraient en France chaque année1 sur leur lieu de travail. Impossible de ne pas faire le rapprochement entre souffrance et situation professionnelle. Tout en explorant cette piste, les cliniciens font part de leurs inquiétudes sur ce phénomène dangereusement banalisé. Rencontre avec l'un d'entre eux, Christophe Dejours, psychiatre et directeur du Laboratoire de psychologie du travail et de l'action2. Celui-ci contribue à l'élaboration d'un guide pratique sur la conduite à tenir en cas de suicide3.

 

Vous vous penchez sur l'ultime témoignage de la souffrance au travail, le suicide dans l'enceinte de l'entreprise4. Un fléau qui touche toutes les catégories socio-professionnelles, des ouvriers aux cadres. Ce travail de recherche est un des rares sur le sujet, pourquoi ?

Christophe Dejours : Parce que ce phénomène est récent, cliniquement nouveau. Il est apparu il y a une huitaine d'années. Avant cela, il touchait exclusivement les agriculteurs et salariés agricoles acculés par les dettes et dont lieux de vie et de travail se confondaient. En dehors d'eux, si l'on se réfère aux archives de la médecine du travail, les suicides se commettaient généralement dans l'espace privé. Il était donc difficile de démontrer que le rapport au travail pouvait être en cause.

 

Qu'est-ce qui a déclenché cette apparition du suicide sur la scène professionnelle ?

C.D. : Un des éléments déclencheurs est la dégradation profonde du « vivre ensemble », les gens sont très seuls face à l'arbitraire. Il y a toujours eu de l'injustice ou du harcèlement dans l'entreprise, mais autrefois, les syndicats, entre autres, scellaient les solidarités. Aujourd'hui, avec l'effritement de ces solidarités et la peur de la perte d'emploi, la convivialité ordinaire elle-même est contaminée par des jeux stratégiques qui ruinent les relations de confiance et colonisent l'espace privé. Notamment chez les cadres, dont la vie tout entière est tendue par une lutte pour progresser dans leur carrière ou pour ne pas perdre leur position.

 

Quels sont les indices qui mettent en évidence la responsabilité de l'entreprise dans ce type de suicides ?

C.D. : Certaines victimes laissent une lettre, un journal, d'autres se suicident devant leurs collègues. Leurs mots accusent l'entreprise et désignent des coupables. Le ton est celui de la colère, de la honte, de la défaite. N'arrivant plus à gérer le conflit qui les opposait à une hiérarchie ou à des collègues, elles ont perdu confiance en elles et retourné cette violence contre elles. Soulignons que ces personnes étaient souvent zélées, brillantes, sociables. Elles avaient beaucoup investi dans l'entreprise et n'ont pas supporté d'être injustement déconsidérées, rétrogradées.

 

Y a-t-il une remise en cause de l'entreprise et de ses membres à la suite d'un événement si grave ?

C.D. : Les médecins du travail se heurtent à une sorte de conspiration du silence. Le suicide déclenche la culpabilité de chacun, et à tous les niveaux de l'entreprise, on préfère occulter ce qui s'est passé.

 

Quel est le danger d'un tel déni ?

C.D. : Il y a un risque pour l'entourage professionnel du défunt de porter la culpabilité de sa mort, qui va empoisonner les relations entre les survivants. Le fait que l'entreprise ne réagisse pas pourrait signifier que la personne décédée ne représentait rien, que même un suicide n'arrête pas le travail. Et dans ces cas, il n'est pas rare qu'un suicide soit suivi par un autre suicide.

 

Votre rôle – cliniciens et chercheurs – est d'alerter sur cette banalisation afin de prévenir d'autres cas, comment ?

C.D. : En brisant le silence qui suit le suicide, puis en identifiant le mobile. Les lettres, les témoignages de l'entourage personnel des défunts font référence à des signes avant-coureurs. Si le travail est bien en cause, il faudra que le management évolue.

 

Propos recueillis par Stéphanie Bia

Notes :

1. Estimation d'après la seule enquête quantitative menée en 2003 par l'inspection médicale de Basse-Normandie.
2. Au Cnam.
3. Destiné aux médecins du travail, aux responsables de ressources humaines et aux délégués des Comités d'hygiène et de sécurité.
4. Revue Travailler : « Nouvelles formes de servitude et suicide », vol. 13, pp. 53-73, 2005. Christophe Dejours avait aussi publié Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale, Seuil, Paris.

Commentaires

  • 2 nouvellles tentatives de suicide :
    une près de Metz pour France Telecom
    et l'autre à Narbonne pour Pole-Emploi.
    2 entreprises du secteur Public et une qui se privatise à grands pas et une autre en voie de privatisation, et avec des pressions du Chef de l'Etat qui s'est reveillé un matin en se disant "pourquoi pas casser ce qu'à fait CHICHI, comme cela on ne parlera plus que demoi" en pretextant le bien des demandeurs d'emploi mais en faisant de telle sorte que cela ne marche pas. Et que l'on puisse donner à des entreprises privées de l'argent (et beaucoup plus) alors que quelquechose qui était en place le faisait déjà mais moins cher.
    Et des ministres qui racontent n'importe quoi pour se faire mousser et surtout ne pas dire au petit chef que se qu'il demande n'est pas possible dans un temps si court!

  • Notre société se désintègre sous nos yeux, et la cause en est connue de tous : le CHOMAGE et la PRECARITE DE MASSE.

    Dans une situation comme la nôtre avec plus de 5 millions de chômeurs/rmistes et des millions de précaires à 700€/mois, ceux qui ont encore la chance d'avoir un "bon" job correctement rémunéré, s'y accrochent jusqu'à ce qu'à l'extrême limite mort s'en suive...
    Ils n'ont plus vraiment la liberté qu'avaient les actifs des années 60/70 de démissionner en cas de pression trop pesante.

    La solution consisterait donc à "casser" le chômage et la précarité pour rééquilibrer le rapport de force employeur/salarié.

    Et c'est possible !

    La semaine de 4 jours est un concept expérimenté depuis 12 ans dans 400 PME (Mamie Nova, Fleury Michon, Monique Ranou, petits commerces, auto-écoles, restaurants, entreprises artisanales, labos de recherche, petites SSII informatiques...).
    Sa généralisation créerait au minimum 1.6 millions d'emplois CDI/temps plein sans ruiner les entreprises, ni l'état, ni les salariés (études INSEE - Caisse des Dépôts et Consignations).

    Témoignage d'un collaborateur :
    « Je travaille comme freelance pour une entreprise, dont le personnel est à la semaine de quatre jours. Je peux vous dire que c'est très agréable, on sent des gens heureux de vivre! Bon, parfois il faut attendre un peu pour avoir certaines réponses, mais il n'y a pas mort d'homme! »

    Cette solution a même été soutenue il y a quelques années par des membres du gouvernement actuel !

    http://www.nouvellegauche.fr/vaincre-chomage/

  • Inclure une notion politique aux faits est inutile et déplacée. D'ailleurs les personnes décédées n'en font pas état dans leurs lettres, sinon ça se saurait.
    Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes, pourtant la plupart ne travaille pas...je vous invite à en découvrir les raisons par vous même auprès de la fnors.
    C'est vrai que les nouveaux comportements managériaux sont peu incuqués dans les entreprises et que peu de salariés (encadrant ou non) y sont réceptifs. C'est d'abord un problème d'éducation.
    Je peux comprendre ce geste de désespoir qu'est le suicide au travail, mais je ne comprends pas que ces personnes n'aient pas un espoir de vivre mieux en changeant d'emploi. Qu'est ce qui les poussent à rester au point d'en souffrir ?

  • bonjour

    je comprends votre doute c'est le mien également car il faut être trés prudent avec les analyses faites sur les causes du suicide .
    comme le montrent plusieurs études le suicide prend ses racines dans des causes multiples
    étudier le suicide c'est radiographier en quelque sorte sorte notre société et les valeurs qui la portent
    le raccourci travail souffrance et suicide est bien court et réducteur
    c'est le sens de mon article

  • @ Christian et Artémis.

    Je ne dis pas que la situation de chômage de masse actuelle soit la seule cause qui pousse certains à cette dernière extrémité.

    Mais pour moi elle y contribue fortement.

    Vous avez peut-être la chance de vivre dans un secteur géographique et professionnel où vous ne craignez pas le chômage (c'est d'ailleurs mon cas et à ce titre je me considère comme un privilégié), mais j'ai dans mon entourage des personnes, de formation supérieure, qui doivent cumuler plusieurs emplois à temps partiel (subi) pour parvenir péniblement à obtenir à peine plus que le smic en fin de mois (avec d'énormes frais de transport de surcroît car elles sont en province).

    Je peux vous assurer que si elles trouvaient un poste en CDI dans un grand groupe de l'envergure de FT, elles s'y accrocheraient quelqu'en soit le prix à payer.

    Démissionner n'est définitivement plus aussi simple pour une majorité de salariés, qui risque de basculer très rapidement dans la précarité voire la misère...

    Enfin, je ne vois pas ce qu'il y a de "déplacé" à tenter de dénoncer la crise sociale catastrophique dans laquelle notre pays s'enfonce depuis maintenant 3 décennies, alors que des solutions concrêtes et réalistes existent.

    Encore une fois, commençons par créer 2 millions de nouveaux postes à pourvoir, afin de rééquilibrer le rapport de force employeur/salarié, ce qui permettra, entre autres, de diminuer sensiblement la pression exercée sur les salariés.

  • Démissionner, quand vous avez tout investi, tout donné, pas si simple, ça signifie avant tout que l'on a échoué.
    On vous en demande de plus en plus, vous travaillez sans filets, d'enfreindre des réglements, pas d'horaires, vous terminez à 3 h du matin, revenez à 9h10 et on vous signale que vous êtes en retard : plus de vie privée....
    On vous charge d'un dossier compliqué (challenge !), vous vous impliquez à 300 %, vous rendez vos conclusions, personne ne prend la peine de les lire.

    On vous rit au nez quand vous demandez vos congés.

    Bref, la liste est longue.

    Votre corps ne suit plus, vous enchaînez les médecins, vous vous absentez du travail, vous manquez de concentration, cela vous ait reproché, du moins vous en avez peur et culpabilisez. Vous vous dires que vous n'êtes pas à la hauteur.

    Un jour le boss vous sourit, les collègues aussi ; le lendemain, c'est le contraire, on ne vous dit pas bonjour : sans raisons apparentes...

    On vous annonce que vous devez mener un chantier à 20 millions d'euros d'ici deux semaines : vous n'avez jamais fait ça de votre vie, ce n'est pas votre métier, mais si vous ne le faites pas, la boîte ferme.

    Changer d'emploi ? Il faut en trouver un, être suffisament sûr de soi pour convaincre un autre employeur et répondre à ses questions : "Dites-moi, de quoi êtes vous fier dans votre parcours professionnel précédent?"

    Une collègue avorte involontairement, une autre est suivie par un psy depuis quelques mois, et là, vous vous dites : ce n'était pas moi le problème.

    La prévention, c'est avant tout prendre conscience du problème, mais chacun a honte et s'enferme dans sa bulle. Pour certains, il est trop tard.

  • Deux salariés de France Télécom sur trois se plaignent de leurs conditions de travail


    Près de 80 % des salariés ont répondu au questionnaire sur la souffrance au travail du cabinet Technologia, qui met en évidence un rapport au travail très dégradé

  • On leur demande aujourd’hui de se métamorphoser en leaders frais émoulus de HEC sachant magner toutes les techniques de la communication, de la conduite de projet, de la gestion des conflits, et d’accommoder le tout dans une langue « étrangère » mixant le franglais et les termes elliptiques issus des nouvelles technologies.
    Ainsi la déroute massive de cette mutation chez les cadres de proximité, pousse mêmes certains déboussolés à adopter des comportements de harceleurs et pour la majorité, la mission est impossible. Alors la désagrégation devient inexorable et touche maintenant l’ensemble des services de la base au sommet dans l’indifférence générale et la cécité coupable des décideurs publics.

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